En 2017, un article paru dans le British Journal of Sport Medicine a déclaré avoir prouvé que le sucre est tout aussi addictif que les drogues dures, comme la cocaïne.

Il va sans dire que l’article a suscité beaucoup de réactions! Certains trouvent l’idée intéressante bien qu’exagérée.

D’autres pensent que c’est totalement absurde.

D’autres encore se disent d’avis que c’est une réalité pour beaucoup de gens souffrant de dépendance alimentaire.

Et vous? Vous en pensez quoi?

Les auteurs de la recherche disent avoir prouvé que la consommation de sucre ajouté a des effets très similaires à ceux des drogues.

Ces effets incluent: hyperphagie, envies intenses, symptômes d’accoutumance et de sevrage, dépendance et accoutumance croisées, détournement du système de récompense et effets opioïdes [qui réduisent la douleur].

Pas de la p’tite bière, comme on dirait!

La similitude du processus de raffinement du sucre blanc — le commun sucre qu’on retrouve sur toutes les tables et dans énormément d’aliments cuisinés commerciaux —, avec celui des drogues dures telles la cocaïne et l’opium est frappant.

Les deux processus commencent avec une plante entière et, au travers diverses extractions et raffinements, finissent avec une poudre plus ou moins blanche concentrée qui a un puissant pouvoir addictif.

La consommation de sucre raffiné produit des effets très semblables à celle de la consommation de la cocaïne. C’est ce que prouve la science.

L’humeur change…

La sensation de plaisir et le système hédonique [système de récompense du cerveau] sont activés…

Et ainsi commence l’interminable quête du renouvellement ces sensations agréables encore, et encore… et encore…

À ce qu’ont pu observer les chercheurs, les souris de laboratoire préfèrent le sucre raffiné à la cocaïne [même après avoir été rendues dépendantes à la cocaïne] et elles peuvent développer des symptômes de sevrage lorsqu’on leur retire leur sucre raffiné.

Si vous avez connu des sensations désagréables lorsque vous avez décidé d’arrêter de manger du dessert pour suivre les recommendations d’une diète amincissante ou d’un approche alimentaire quelconque (comme le paléo ou cétogène [ketogenic, en anglais]), alors maintenant, vous savez pourquoi: vous vous sevriez probablement de votre dépendance au sucre.

Sevrage du sucre… Comme un toxicomane privé de sa drogue…

Les détracteurs de cette étude affirment que le comportement addictif n’est observé que lorsqu’on restreint l’accès à la substance, ici, au sucre raffiné.

Ils maintiennent que si les animaux testés ont un accès libre au sucre raffiné, ils ne présentent aucun symptôme de sevrage… Et donc, ne sont pas accro!

Hum…

Et si j’offrais de la cocaïne à volonté à un toxicomane, vous pensez que ça ferait disparaître ses symptômes de sevrage aussi?

Faudrait-il en conclure qu’il n’est pas dépendant à la cocaïne parce qu’on ne peut observer de symptômes de sevrage sous de telles conditions?

Les gens cherchent toujours de bonnes nouvelles au sujet de leurs mauvaises habitudes.

La réalité est que le système de plaisir et de récompense du cerveau est le même que ce soit pour la drogue ou la nourriture.

Les deux ont le potentiel de détourner ce système de son usage normal, s’il y a abus de substance…

On peut d’ailleurs observer les signes biochimiques du sevrage de l’un comme de l’autre au niveau du cerveau.

L’étude de la dépendance alimentaire, et au sucre raffiné plus spécialement, a permis d’établir des liens entre la science alimentaire et la neuroscience, entre la nutrition et la psychologie.

La plupart des théories avancées se basent sur des données animales, mais il ne manque pas de données sur les humains non plus, bien que souvent de nature plus empirique…

Bref, que ce soit du sucre raffiné (ou un succédané) ou de la drogue, l’accoutumance et la dépendance s’accroissent avec l’usage.

Là où les experts divergent, la plupart du temps, c’est dans le degré.

Certains comparent le sucre raffiné à des drogues plus douces, du genre marijuana, ou encore à la nicotine ou au café. D’autres, à des drogues dures, comme la cocaïne.

Il y a une subtilité à la dépendance alimentaire qui fait qu’elle passe souvent inaperçue chez l’humain.

Principalement parce que les comportements qui permettraient de la dépister sont si socialement acceptés.

«J’ai la dent sucrée!» devient la parfaite excuse pour manger bonbons, chocolats, pâtisseries et autres sucreries à tout moment de la journée, par exemple.

Ou encore, «Il y a toujours de la place pour le dessert!», permet de justifier de terminer un copieux repas par un dessert… tout aussi copieux!

L’existence d’organisations comme Outre-Mangeurs Anonymes [Overeaters Anonymous] — qui date de 1960 tout de même! — atteste de la réalité de la dépendance alimentaire.

La science actuelle démontre de plus en plus clairement l’existence de la dépendance au sucre.

Et peu importe qu’elle soit le résultat de la génétique ou de l’environnement, il est clair que la surabondance actuelle de nourriture raffinée, chimique et transformée — généreusement pourvue de sucre raffiné! — crée un milieu on-ne-peut-plus-propice au développement de comportements addictifs, et compromet largement notre santé individuelle et collective.

Et je crois que la divergence des points de vue des chercheurs est souvent liée au degré de susceptibilité à la dépendance de la personne qui analyse les données.

Je m’explique…

Les gens qui sont peu susceptibles à la dépendance alimentaire ne peuvent croire que d’autres réagissent différemment qu’eux.

Ils ne peuvent comprendre l’attrait hypnotique du sucre raffiné. Une telle comparaison leur semble… exagérée, sensationnaliste, excessivement dramatique.

Ils attribuent donc, la plupart du temps, les comportements addictifs à une faiblesse morale quelconque…

Si seulement ils savaient*…

Pour une personne plus susceptible à la dépendance alimentaire, la comparaison du sucre raffiné à la cocaïne lui paraît assez appropriée.

Au final, est-il primordial que la comparaison soit faite à une drogue pour que la réalité du phénomène soit établie?

Si on tient à faire des comparaisons, en voici une parmi d’autres…

Je parlais du processus de raffinement des deux substances comme étant semblables. Dans un cas comme dans l’autre, ce processus transforme une substance inoffensive en une substance addictive.

Laissez-moi vous illustrer ça un peu mieux…

On mâche des feuilles de coca depuis la nuit des temps [Bon, depuis au moins quelques milliers d’années!]. C’est substance inoffensive.

Mais si on extrait une certaine composante de ces mêmes feuilles, la cocaïne, voilà: une substance addictive.

On peut en dire autant pour le sucre raffiné qu’on utilise à l’excès aujourd’hui.

La majorité des gens ne s’empiffrent pas de betteraves, une substance inoffensive.

Et pourtant… De la betterave, on peut extraire du sucre.

La teneur élevée en sucre raffiné est sûrement ce qui fait que les gens commandent de gargantuesques portions de boissons gazeuses avec leurs repas mais ne vident le bar à salade de leur resto préféré de son approvisionnement en betteraves…

Des tomographies par émission de positrons [PET scan, en anglais] du cerveau ont pu le confirmer: il y a une diminution de la sensibilité à la dopamine [un composé du système de récompense du cerveau], chez les sujets obèses.

Et plus ils accumulent de kilos excédentaires, plus le niveau de résistance à la dopamine augmente.

On observe le même phénomène chez les toxicomanes et les alcooliques.

La réduction des récepteurs de dopamine est associée aux comportements de dépendance, peu importe qu’ils soient à la nourriture ou à la drogue.

Il y a encore beaucoup à étudier au niveau de la dépendance alimentaire. Beaucoup d’éléments à élucider. Beaucoup de compréhension à avoir.

Nous n’en sommes qu’au début de ce vaste domaine de recherche…

Mais, avec ce qui a déjà été observé et étudié, objectivement, on entrevoit déjà un lien assez clair entre sucre raffiné et addiction…

Peu importe à quelle autre addiction le sucre raffiné est comparé.

Bises prononcées,

Sheryl-Anne xx

* Avez-vous passé le Test de susceptibilité à la dépendance alimentaire?


Quelques références:

DiNicolantonio JJ, O’Keefe JH, Wilson WL Sugar Addiction: Is It Real? A narrative review British Journal of Sports Medicine 2018;52:910-913.

Wiss DA, Avena N, Rada P. Sugar Addiction: From Evolution to Revolution. Front Psychiatry. 2018;9:545. Published 2018 Nov 7. doi:10.3389/fpsyt.2018.00545

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